Les plantes produisent une grande variété de composés aux applications industrielles et pharmaceutiques diverses, allant de petites molécules de bas poids moléculaire à des polymères. Ces composés sont souvent produits et sécrétés par des structures hautement spécialisées, dont beaucoup sont localisées à la surface des plantes, comme les trichomes glandulaires ou les nectaires, ou en interne, comme les idioblastes ou les canaux à latex et à résine, respectivement. Toutefois, on connaît relativement peu de choses sur la biologie de ces structures sécrétoires spécialisées, bien que tous les types de ces glandes présentent de nombreuses caractéristiques indiquant un métabolisme actif. En particulier, les glandes des plantes carnivores telles que Nepenthes peuvent être considérées comme des systèmes modèles en biologie cellulaire végétale1.
Les plantes carnivores font l'objet de nombreuses études depuis 1875, date de la publication de l'ouvrage de Charles Darwin, *Insectivorous Plants*.2. Toutefois, ce n'est que ces dernières années que des recherches au niveau moléculaire ont été menées, et nos connaissances restent encore limitées. Par exemple, la composition protéique du liquide digestif chez les plantes carnivores du genre Nepenthes n'est pas encore complètement connu. Ce n'est que récemment que plusieurs protéines hydrolasiques ont été identifiées, ainsi que quelques-uns des gènes correspondants3. Dans les pièges à fosse de Nepenthes (Figure 1), des glandes pluricellulaires sont localisées au fond interne des urnes. Ces glandes produisent et sécrètent des enzymes digestives dans le liquide contenu dans l'urne, et absorbent les nutriments dissous provenant de ce liquide4. Ainsi, ces glandes bifonctionnelles représentent un microtissu unique jouant un rôle central dans la carnivorie de Nepenthes qui mérite d'être étudié en détail.

Figure 1. Nepenthes alata – piège. La partie inférieure du piège contient le liquide digestif et des glandes situées sur la paroi interne.
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En sciences végétales, de nombreuses approches expérimentales reposent sur des « échantillons massifs », car aucun tissu défini n'est étudié, mais plutôt des organes entiers. Par conséquent, leur homogénéisation et leur analyse ne peuvent fournir que des résultats dilués et proportionnels aux tissus et cellules individuels5. Pour résoudre ce problème, des techniques de micropréparation, comme la microdissection par capture au laser (LCM), ont été développées et utilisées avec succès afin de prélever des tissus végétaux spécifiques et d'analyser leurs contenus individuels6. Toutefois, la LCM présente souvent des limites lorsque des composants cellulaires instables et/ou rapidement dégradés, tels que l'ARN, sont ciblés. Dans ce cas, la nécessité d'une fixation préalable des tissus, procédure longue et souvent accompagnée d'une dégradation des biomolécules, constitue un inconvénient. De plus, en raison de la forte teneur en eau de nombreux tissus végétaux et de la résistance des parois cellulaires, la LCM échoue fréquemment à préparer directement à partir de tissus frais7. Toute approche visant à étudier les composants cellulaires présents dans les glandes sécrétrices, des gènes, des ARNm et des protéines aux composés secondaires et à leur biosynthèse, nécessite des techniques alternatives de préparation spécifique. Ainsi, des techniques spécifiques permettant d'isoler des cellules uniques ou même des glandes multicellulaires restant intactes après la préparation sont nécessaires.
Une méthode est présentée ici, utilisant une plateforme automatisée de microéchantillonnage dotée d'une visualisation microscopique directe. Cette technique est à la fois rapide et efficace pour la préparation de glandes individuelles provenant des urnes des espèces de Nepenthes. Ces glandes pluricellulaires sont bifonctionnelles, c.-à-d. qu'elles participent à la fois à la sécrétion et aux processus d'absorption ; elles sont sessiles, et des couches cellulaires non exposées s'imbibent pour former une endoderme. Des glandes entières peuvent être isolées sans tissu voisin et déposées de manière bien définie dans un tube PCR. Cette technique est utilisée pour étudier des gènes spécifiques ainsi que l'expression génique dans les tissus des glandes.