L’empathie -- la capacité de reconnaître et de partager les sentiments des autres -- est cruciale pour nos interactions émotionnelles et sociales1. Ce protocole vise à étudier l’empathie affective chez les rongeurs par le biais d’un test de conditionnement de la peur par observation, conçu pour évaluer les réponses de peur par procuration chez un rongeur observateur. La capacité empathique a des fondements neurobiologiques profonds, avec une continuité évolutive des rongeurs aux humains2. Des sources de preuves convergentes démontrent que les rongeurs présentent une sensibilité affective significative aux états émotionnels de leurs homologues sociaux3 et affichent des comportements liés à l’empathie, y compris la peur d’observation, l’allogrooming de type consolation, la contagion émotionnelle de la douleur et les comportements d’aide prosociaux4,5,6,7,8,9. Cette continuité a des implications importantes, car elle permet d’utiliser des modèles animaux pour mieux comprendre les mécanismes neurobiologiques sous-jacents à l’empathie humaine 10.
La peur observationnelle, en particulier, sert de modèle comportemental précieux pour évaluer les réponses de peur empathique, car les rongeurs peuvent éprouver la peur par procuration en observant leurs congénères recevoir des stimuli aversifs4. Des études ont montré que des réponses de peur par procuration plus fortes sont positivement associées aux mesures de traits de l’empathie chez les humains et les primates11,12, indiquant que la peur observationnelle peut en effet représenter une caractéristique fondamentale de l’empathie émotionnelle2. Par rapport à d’autres tests d’empathie1,2,4,10, le conditionnement de la peur observationnel est avantageux car il permet de mesurer la contagion émotionnelle sans soumettre l’observateur à des stimuli aversifs directs. Cela fournit une mesure moins invasive mais fiable de l’empathie affective, ce qui la rend adaptée aux mesures répétées et aux études approfondies sur les circuits neuronaux liés à l’empathie.
Dans le conditionnement de peur observationnel, une souris (observateur) est conditionnée par procuration à la peur dépendante du contexte en regardant une autre souris (démonstrateur) recevoir des chocs de pied répétitifs, sans ressentir de stimuli aversifs directs. L’essai de conditionnement de la peur par observation utilise un appareil de conditionnement de la peur à deux compartiments, qui est divisé par un diviseur en plexiglas transparent13. Cette configuration permet à l’observateur dans une chambre de voir clairement la souris de démonstration dans la chambre opposée. De plus, les odeurs et les sons peuvent être transmis entre les chambres à travers le plancher de la tige. Dans un compartiment, la souris de démonstration, qui recevra le stimulus aversif d’un choc de pied, est positionnée, tandis que dans l’autre compartiment, la souris observatrice est située pour témoigner de la détresse de la souris de démonstration à travers la cloison centrale transparente. Ce paradigme se compose de deux séances : une période d’habituation de 5 minutes suivie d’une période de conditionnement de 4 minutes. Le comportement de blocage affiché par la souris observatrice se produit lorsque le démonstrateur présente des réponses typiques aux chocs aversifs du pied, y compris des grincements induits par la douleur, des sauts, des courses et des blocages, pendant la période de conditionnement. Cette réaction de congélation par procuration chez les observateurs est considérée comme une mesure de la contagion émotionnelle, une forme fondamentale d’empathie affective chez les rongeurs. Le développement du test de peur observationnel chez les rongeurs a permis aux chercheurs d’étudier les circuits neuronaux et les fondements génétiques qui interviennent dans l’empathie affective.