Les alphavirus sont des virus à ARN (acide ribonucléique) monocaténaire à brin positif et enveloppés, appartenant à la famille des Togaviridae1,2,3. Ils sont principalement transmis par des moustiques et sont responsables d'une variété de maladies chez l'homme et les animaux. Le genre alphavirus comprend plusieurs virus d'importance médicale, tels que le virus du chikungunya (CHIKV), le virus Sindbis, le virus de l'encéphalite équine de l'Est et le virus de l'encéphalite équine vénézuélienne4,5. Ces agents pathogènes provoquent des symptômes allant de la fièvre et d'éruptions cutanées à des complications neurologiques graves6. De manière préoccupante, le CHIKV a récemment réémergé comme une importante menace pour la santé publique. Depuis le début de l'année 2025 seulement, plus de 220 000 cas ont été signalés dans 14 pays, entraînant au moins 80 décès7. Bien que le taux de mortalité soit faible, une proportion significative de personnes infectées développe des douleurs articulaires chroniques, pouvant entraîner un handicap à long terme et une réduction de la mobilité8. Pour concevoir des stratégies antivirales ciblées, une compréhension plus approfondie de la réplication des alphavirus et des interactions hôte-pathogène est essentielle. Par ailleurs, certains alphavirus, comme le virus de la forêt de Semliki (SFV), présentent une faible pathogénicité chez l'homme, malgré une forte similarité génétique et structurale avec des alphavirus plus virulents. Cela fait du SFV un modèle idéal pour l'étude des alphavirus sans présenter un risque élevé pour la santé humaine9,10,11.
Les dosages traditionnels tels que les dosages de plaques, le dosage infectieux 50 % sur culture cellulaire (TCID50) et l'analyse par réaction de polymérisation en chaîne quantitative (qPCR) sont utiles pour quantifier les titres viraux et l'expression génique, mais se limitent à des mesures ponctuelles et nécessitent la lyse ou la fixation des cellules. Par conséquent, ils ne permettent pas de capturer directement la dynamique de l'infection au sein des mêmes cellules au fil du temps12,13. Pour pallier ces limitations, l'imagerie fluorescente en temps réel offre une approche puissante et non destructive permettant de suivre la cinétique d'infection à plusieurs points temporels. L'utilisation de virus marqués par fluorescence, tels que le SFV étiqueté avec mCherry, permet de visualiser et de quantifier directement le signal du virus rapporteur et sa propagation dans des cellules vivantes14,15. Pour les expériences décrites ici, des lignées cellulaires couramment utilisées en recherche sur les arbovirus ont été employées. Les cellules U4.4, dérivées de larves d'Aedes albopictus, sont des cellules de moustique qui permettent une réplication efficace de nombreux arbovirus et facilitent l'étude des interactions vecteur-virus16,17. Parallèlement, les cellules BHK-21, une lignée cellulaire de type fibroblaste d'origine rénale de hamster nouveau-né, constituent un système hôte vertébré perméable fréquemment utilisé pour la propagation virale et les dosages en virologie moléculaire18.
Ce protocole décrit en détail le suivi de l'expression d'un marqueur viral et la caractérisation de composés antiviraux, en prenant comme exemple des inhibiteurs de la furine. La furine est une convertase de proprotéines présente chez de nombreux eucaryotes et joue un rôle clé dans l'activation des précurseurs de facteurs de croissance, d'hormones, de métalloprotéinases matricielles, de protéines plasmatiques et de récepteurs19,20. De nombreux alphavirus exploitent la furine pour cliver et activer leurs protéines de surface, une étape cruciale pour une réplication réussie20. Les inhibiteurs de la furine sont des composés conçus synthétiquement pour bloquer l'activité de la furine, réduisant ainsi la réplication virale21,22,23. Étant donné la disponibilité limitée de protocoles standardisés pour l'analyse automatisée d'infections par les alphavirus par microscopie à fluorescence utilisant un lecteur multimode d'imagerie cellulaire, un protocole détaillé est fourni pour la caractérisation de composés antiviraux dans des cellules aédiennes. Le protocole décrit les étapes de culture cellulaire, de production du virus, d'infection, de traitement par un composé antiviral (inhibiteur de la furine), d'imagerie par fluorescence et d'analyse d'images. Toutefois, les méthodes décrites ici peuvent être facilement adaptées à d'autres virus et à d'autres marqueurs fluorescents.