Entre 24 et 48 heures après l'isolement, un sous-ensemble de cellules commence à adhérer à la surface du milieu de culture et à s'étendre, présentant initialement une morphologie arrondie. L'attachement cellulaire peut être variable aux premiers stades, et les cultures peuvent apparaître clairsemées en raison du nombre limité de cellules viables récupérées lors de l'isolement initial. Entre les jours 3 et 5, les cellules adhérentes adoptent progressivement une morphologie allongée en fuseau, caractéristique des cellules musculaires lisses vasculaires (CMLV), et commencent à proliférer, formant de petits agrégats. Une vue schématique du déroulement expérimental, incluant l'isolement aortique, la segmentation, la digestion enzymatique, la dissociation mécanique et le semis cellulaire, est présentée dans la Figure 1.
Des images représentatives de l'isolement aortique, de la segmentation anatomique en régions THX et ABD, et de la suppression de la couche adventicielle sont présentées dans la Figure 2. Les régions aortiques THX et ABD ont été distinguées selon leur emplacement anatomique par rapport au diaphragme, comme indiqué dans la Figure 2B. Des images représentatives de la digestion enzymatique, de la dissociation mécanique et de la formation d'un culot cellulaire visible après centrifugation sont présentées dans la Figure 3.
Le nombre de cellules et la viabilité ont été évalués au passage 3 à l'aide de l'exclusion au bleu de Trypan (1:1) et d’un compteur automatique de cellules Countess. Les données ont été obtenues à partir de 3 isolats indépendants utilisant au total 6 souris (2 souris par isolement). Les cultures THX présentaient un nombre moyen de cellules de 5,10 × 105 ± 7,81 × 104 cellules (intervalle, 4,20 × 105–5,60 × 105) et une viabilité de 66,33 ± 18,18 % (intervalle, 46–81 %). Les cultures ABD présentaient un nombre moyen de cellules de 4,63 × 105 ± 2,31 × 104 cellules (intervalle, 4,50 × 105–4,90 × 105) et une viabilité de 61,66 ± 12,01 % (intervalle, 50–74 %) (Tableau 1).
Entre les jours 5 et 7, les cultures atteignent généralement une confluence d’environ 70 à 90 %, formant une monocouche dense et relativement uniforme. Les cellules s'alignent fréquemment selon des orientations parallèles, reflétant leur lignage contractile. Des différences de taux de prolifération et de densité cellulaire peuvent être observées entre les CML provenant de l'aorte thoracique (THX) et celles de l'aorte abdominale (ABD), en accord avec l'hétérogénéité régionale connue de l'aorte. Des images représentatives en contraste de phase de la morphologie des CML primaires issues des segments aortiques THX et ABD, à faible (10x) et plus forte (20x) augmentation, sont présentées dans la Figure 4.
Les CML présentaient une morphologie allongée en fuseau caractéristique, un alignement parallèle organisé à confluence et un patron de croissance uniforme, tandis que les cellules de type fibroblaste présentent généralement une morphologie plus aplatie et irrégulière, avec une orientation moins organisée et une dispersion hétérogène. Ces caractéristiques morphologiques et de croissance offrent une approche pratique et reproductible pour identifier les populations de CML en culture primaire en l'absence de validation moléculaire. Une isolation réussie se manifeste par une adhésion cellulaire précoce dans les 24 à 48 heures, l'acquisition progressive d'une morphologie en fuseau et la formation d'une monocouche confluente entre les jours 5 et 7. Les cellules s'alignent généralement en réseaux parallèles à forte confluence, ce qui est conforme au phénotype des muscles lisses. Des résultats sous-optimaux peuvent inclure une faible adhérence cellulaire, un rendement cellulaire faible ou la présence de cellules aplatie et de forme irrégulière, ce qui peut indiquer une digestion incomplète, une exposition enzymatique excessive ou une contamination par des populations cellulaires non musculaires lisses.
Une viabilité cellulaire constante et une contamination minimale par des cellules de type fibroblaste appuient davantage l'isolement réussi. Afin de valider davantage l'identité des CML, des cultures primaires représentatives ont été immunomarquées pour l'α-actine de muscle lisse (Figure 5) selon la procédure décrite à la section 8. Les cultures provenant du THX et de l'ABD ont montré le motif d'immunomarquage filamentaire caractéristique de l'α-actine de muscle lisse attendu chez les CML vasculaires. La quantification effectuée sur quatre champs microscopiques a révélé 69 cellules positives pour l'α-actine de muscle lisse parmi 72 cellules positives à l'Hoechst analysées, correspondant à un taux global de positivité pour l'α-actine de muscle lisse de 95,8 % (IC à 95 %, 88,5 %–98,9 %). Plus précisément, 20 cellules sur 20 du THX et 49 cellules sur 52 de l'ABD étaient positives pour l'α-actine de muscle lisse. Figure 5 montre des champs représentatifs parmi ceux analysés.
Au cours des premiers passages, les cellules conservent une morphologie et une capacité proliférative stables. Toutefois, avec un temps de culture prolongé, elles peuvent progressivement présenter des signes de modulation phénotypique, notamment un étalement accru, un alignement réduit et des schémas de croissance modifiés.
Dans ces conditions, les cultures primaires de CML sont adaptées à des applications en aval, notamment l'inhibition génique, les traitements pharmacologiques et les études mécanistiques des voies impliquées dans le remodelage vasculaire et le développement de l'anévrisme aortique.

Figure 1 : Aperçu schématique du protocole. Représentation schématique du protocole d'isolement des cellules musculaires lisses aortiques primaires de souris. Volet 1 : euthanasie et isolement de l'aorte. Volet 2 : séparation des segments aortiques thoraciques (THX) et abdominaux (ABD) dans une solution de digestion enzymatique. Volet 3 : retrait de l'adventice et isolement de la couche médiane. Volet 4 : retour des fragments tissulaires dans une solution enzymatique fraîche et hachage. Volet 5 : dissociation mécanique par pipetage toutes les 30 minutes pendant 2 à 3 heures. Volet 6 : récupération et mise en culture des cellules, incluant 6a la centrifugation, 6b l'élimination du surnageant et 6c la resuspension du culot et son ensemencement. Veuillez cliquer ici pour visualiser une version agrandie de cette figure.

Figure 2 : Isolement et préparation de segments d'aorte de souris. (A) Aorte entière isolée et placée dans une boîte de culture. (B) Aorte nettoyée avec des repères anatomiques indiquant les régions THX et ABD, y compris le diaphragme et la bifurcation iliaque. (C) Images représentatives de l'ablation de l'adventice à partir de segments THX (haut) et ABD (bas) à l'aide de pinces fines et épaisses, mettant à jour la couche médiale sous-jacente, essentielle pour l'isolement des cellules musculaires lisses. Veuillez cliquer ici pour visualiser une version agrandie de cette figure.

Figure 3 : Digestion enzymatique et dissociation mécanique du tissu aortique. (A) Après retrait de la couche adventicielle, la couche médiane est transférée dans une solution enzymatique fraîche et hachée à l’aide de petites ciseaux. (B) Exemple de dissociation mécanique de fragments aortiques par pipetage doux. (C) Après digestion enzymatique et centrifugation, un culot cellulaire visible est observé. Veuillez cliquer ici pour visualiser une version agrandie de cette figure.

Figure 4 : Morphologie représentative des cellules musculaires lisses aortiques primaires de souris (CML). Les CML primaires isolées à partir de segments aortiques thoraciques et abdominaux ont été cultivées dans des conditions standard et observées au quatrième passage. Des images représentatives en contraste de phase sont présentées à faible (10x) et plus forte (20x) augmentation. Les cellules présentent une morphologie allongée en fuseau caractéristique et un alignement conforme à un phénotype contractile des CML. Des différences de densité cellulaire et d'organisation peuvent être observées entre les CML provenant de la région thoracique (THX) et de la région abdominale (ABD), reflétant une hétérogénéité régionale. Les barres d'échelle = 100 µm. Veuillez cliquer ici pour visualiser une version agrandie de cette figure.

Figure 5 : Validation par immunofluorescence de cellules musculaires lisses aortiques murines primaires. (A) Images représentatives d'immunofluorescence de cellules musculaires lisses primaires isolées de l'aorte thoracique (THX, à gauche) et abdominale (ABD, à droite) et marquées pour l'α-actine de muscle lisse (α-SMA, en vert). Les noyaux ont été contre-marqués avec le Hoechst 33342 (en bleu). Les images ont été acquises avec un grossissement de 20x. (B) Images contrôles représentatives avec uniquement l'anticorps secondaire, de cellules musculaires lisses primaires THX (à gauche) et ABD (à droite), traitées sans l'anticorps primaire anti-α-SMA et contre-marquées avec le Hoechst 33342 (en bleu). Les images ont été acquises avec un grossissement de 10x. La quantification effectuée sur quatre champs microscopiques a révélé que 69 cellules sur 72 étaient positives pour l'α-SMA (95,8 %). Les barres d'échelle = 100 µm. Veuillez cliquer ici pour visualiser une version agrandie de cette figure.
| Dénombrement cellulaire et viabilité des cultures primaires de cellules musculaires lisses aortiques murines | |
| Segment aortique | Isolations indépendantes, n | Dénombrement cellulaire (moyenne ± DS)* | Viabilité cellulaire (moyenne ± DS)† |
| THX | 3 | 5.10 x 105 ± 7.81 x 104 cells | 66.33 ± 18.18 % |
| ABD | 3 | 4.63 x 105 ± 2.31 x 104 cells | 61.66 ± 12.01 % |
| *Les dénombrements cellulaires ont été obtenus au passage 3 à partir de 3 isolations indépendantes. |
| †Le dénombrement et la viabilité cellulaires ont été déterminés par exclusion au bleu de Trypan en utilisant un compteur automatique de cellules Countess. |
Tableau 1 : Nombre de cellules et viabilité des cultures primaires de cellules musculaires lisses aortiques murines
| Étape | Problème | Cause possible | Solution recommandée |
| Disséction aortique | Faible rendement cellulaire | Récupération incomplète de l'aorte ou lésion tissulaire pendant la dissection | S'assurer d'isoler complètement l'aorte depuis la racine jusqu'à la bifurcation iliaque ; manipuler le tissu délicatement pour éviter toute lésion |
| Nettoyage aortique | Contamination par des fibroblastes | Élimination incomplète du tissu adventice | Retirer soigneusement l'adventice après la digestion initiale ; cette étape est cruciale pour la pureté des cellules musculaires lisses |
| Digestion initiale | Difficulté à retirer l'adventice | Relâchement enzymatique insuffisant | S'assurer d'une incubation adéquate (8-10 min) avant d'entreprendre le retrait mécanique |
| Digestion enzymatique | Faible rendement cellulaire | Digestion insuffisante du tissu | Légèrement prolonger la durée de digestion ou augmenter la fréquence de la dissociation mécanique |
| Digestion enzymatique | Mauvaise viabilité cellulaire | Digestion excessive ou exposition prolongée aux enzymes | Réduire la durée de digestion et éviter une incubation prolongée |
| Dissociation mécanique | Mauvaise libération des cellules | Pipetage insuffisant | Effectuer un pipetage doux mais répété toutes les 30-60 min |
| Adhérence cellulaire | Mauvaise adhérence au plateau | Lésion cellulaire ou milieu froid | Utiliser un milieu préchauffé et minimiser le stress lié à la manipulation |
| Culture initiale | Absence de croissance cellulaire | Viabilité faible ou contamination | Vérifier les conditions de digestion et l'asepsie ; répéter l'isolement si nécessaire |
| Morphologie cellulaire | Forme non fusiforme (persistence de cellules arrondies/aplaties) | Contamination ou dérive phénotypique | Vérifier l'élimination de l'adventice ; éviter la surconfluence et les cultures prolongées |
| Croissance cellulaire | Prolifération lente | Concentration sérique sous-optimale | Utiliser 20 % de FBS durant la phase initiale d'expansion |
| Confluence | Cellules surconfluentes difficiles à repiquer | Retard dans le fractionnement | Repiquer les cellules à 80-90 % de confluence |
| Repiquage | Mauvais détachement | Cellules trop confluentes ou trypsination insuffisante | Légèrement augmenter l'exposition à la trypsine et aider mécaniquement le détachement |
| Culture à long terme | Perte du phénotype des cellules musculaires lisses | Numéro de passage élevé ou culture prolongée | Utiliser les cellules entre les passages 3 et 7 |
| Reproductibilité | Variabilité entre les isolements | Différences techniques ou variabilité biologique | Standardiser la préparation des enzymes, les durées et la manipulation entre les expériences |
Tableau 2 : Guide de dépannage pour l'isolement et la culture de cellules musculaires lisses aortiques primaires de souris. Résumé des problèmes techniques courants rencontrés lors de l'isolement, de la digestion et de la culture de cellules musculaires lisses aortiques primaires de souris, incluant les causes possibles et les solutions recommandées pour améliorer la reproductibilité.